Semaine 22: Mes romans culte : Le Loup des steppes

(En alternance avec les parutions récentes, de temps en temps, mes romans compagnons !)

Le Loup des steppes, de Hermann Hesse

(traduit de l’allemand par Juliette Pary)

Éditions Calmann-Lévy, 1947

www.hermann-hesse.de/fr

http://calmann-levy.fr/

Couv Loup Steppes blog22

Hermine… cher Pablo

Le Loup des steppes, avec sa tête pointue et ses poils courts, est un être esseulé, lucide, spiritualisé, souffrant, âgé et usé, en quête hagarde, qui l’emmène « à travers l’enfer », « à travers le chaos d’un monde spirituel obscurci, marche entreprise avec la volonté de traverser coûte que coûte l’enfer, de tenir tête au chaos, de supporter le mal jusqu’au bout ».

Comme Nietzsche, seul et incompris, « coincé entre deux temps », a souffert en son temps « la misère dont nous souffrons à présent », le Loup des steppes, « pris entre deux époques », subit lui aussi son destin « d’éprouver l’ambiguïté de la vie humaine ».

Novalis a écrit : « La plupart des hommes ne veulent pas nager avant de savoir le faire. »
« Naturellement, ils ne veulent pas nager ! » commente le Loup des steppes. « Ils sont nés pour la terre, pas pour l’eau. Et, naturellement, ils ne veulent pas penser : ils sont faits pour vivre, pas pour penser (…) Et celui qui pense, celui qui en fait son principal souci peut, certes, pousser loin dans ce domaine, mais il a quand même changé la terre pour l’eau et un jour il coulera. »

Lui, Harry Haller, l’égaré, comment ne saurait-il pas être « un loup des steppes et un ermite hérissé au milieu d’un monde dont il ne partage aucune des ambitions, dont il n’apprécie aucun des plaisirs ».
De temps en temps, très rarement, comme des lambeaux arrachés à une extase possible, une lueur, un mot, une note, le ravissent jusqu’au « sein vivant de l’univers », et alors, il ne craint plus rien, dit oui à tout, s’abandonne cœur et corps.
Cependant, la plupart du temps, quand il en a marre jusqu’à en étouffer « des jours modérément agréables, tout à fait supportables, tièdes et moyens », « jours sans extrêmes douleurs, sans extrêmes soucis, sans chagrin proprement dit, sans désespoir », jours où l’on se demande s’il n’est pas temps et préférable de quitter volontairement ce monde, alors, il sent le « brûler une soif sauvage de sensations violentes, une fureur contre cette existence neutre, plate, réglée et stérilisée ».
Et partout, tout le temps, il erre dans le désert de l’exil : « Ce qui fut d’abord son rêve et son bonheur devint ensuite son amer destin. L’homme puissant périt par la puissance ; le cupide, par l’argent ; l’humble, par la servitude ; le jouisseur, par la volupté. Le Loup des steppes, lui, périt par l’indépendance. Il avait atteint son but : personne ne le commandait, il n’avait à se soumettre à personne, il disposait librement de lui. Car tout homme fort atteint inévitablement ce que lui fait chercher un besoin véritable. Mais, lorsque enfin il se sentit absolument libre, Harry s’aperçut soudain que sa liberté était une mort, qu’il était resté seul, que le monde le laissait lugubrement tranquille, qu’il ne se souciait plus des hommes ni de lui-même, qu’il étouffait lentement dans une atmosphère toujours plus rare de vide et d’isolement (…) Il était entouré maintenant de l’air du solitaire, de cette atmosphère silencieuse, de ce dépouillement du monde environnant, de cette inaptitude aux relations humaines, contre lesquelles ne pouvaient lutter aucune volonté ni aucune nostalgie. »

Ce qui va se passer dans ce récit dense, intense, à l’écriture trempée dans le sang vécu des affres existentielles, c’est peut-être un apprentissage, peut-être une expérience initiatique, mystique, psychédélique, qui n’affranchira pas H H de sa condition mais qui lui fera prendre conscience d’une autre manière de percevoir, de ressentir et d’être, qui lui fera entrapercevoir une possibilité de plénitude.
Peut-être…
© Johnny Karlitch, 52 romans par an, semaine 22 : lundi 2 au dimanche 8 mars 2015.

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