Semaine 47: Trois auteurs, trois romans

Inédits sur le web : des romans lus et présentés, il y a de cela un bon bout de temps.

 

Couv 3 romans blog47

 

Comme si elle dormait, d’Élias Khoury

(traduction de l’arabe par Rania Samara)

Actes Sud, 2007

Site de l’éditeur

Comme s’il écrivait, Élias Khoury rêve, la plume éveillée, labyrinthique, onirique, et nous plonge, nous replonge, avec une foisonnante technique variationnelle dans le mental de son héroïne, Milia, pendant trois nuits, trois longues nuits, d’où partent et où convergent des histoires se rapportant à ses proches, aux connaissances de ses proches, et incidemment aux répercussions de l’environnement géopolitique proche-oriental.
Autour de Milia constamment dédoublée (Ses yeux n’ont-ils pas une couleur secrète visible dans une autre dimension ?), Élias Khoury défragmente son récit en différents points de vue, tous centrés sur son héroïne, et qui reviennent de différents côtés sur le même événement comme pour en épuiser tous les sens, à la recherche d’une vérité moins borgne.
Et Milia de continuer à subir la lente crucifixion que lui impose son créateur : elle voudrait « sortir de certains rêves » mais elle doit continuer à rêver pour que Élias Khoury puisse continuer à raconter, avec un réalisme métaphysique, comme s’il écrivait les yeux grands fermés, « essayant de les ouvrir mais n’y réussissant pas ».

Le passage de la nuit, de Haruki Murakami

(traduit du japonais par la merveilleuse Hélène Morita)

Belfond, 2007

Site de l’éditeur

La particularité de ce roman délectable, dont la narration présente l’épure d’une équation poétique, c’est son narrateur qui n’en est pas un puisque c’est un « pur point de vue » s’exprimant à la première personne du pluriel, observateur doué d’ubiquité mais pas omniscient ni potent, qui survole un paysage urbain japonais, de quelques minutes avant minuit jusqu’à quelques minutes avant sept heures du matin, le temps d’un « passage de la nuit », pour suivre les ‘‘aventures’’ d’une jeune étudiante qui réapprend à aimer sa sœur plongée dans un drôle de sommeil permanent, celles d’un jeune musicien qui se cherche un ancrage affectif et celles d’une tenancière de « Love Hotel » qui n’aime pas qu’on agresse les jeunes Chinoises qui se prostituent…
Une balade inter-dimensionnelle improbable, un roman très scénario qui titille nos fantasmes de cinéastes.

Le théorème d’Almodovar, d’Antoni Casas Ros

Gallimard, 2008

Site de l’éditeur

Depuis 15 ans, lorsqu’un accident a défiguré ce jeune homme, âgé alors de 20 ans, tuant du même coup son amie, il s’absorbe dans la lecture avec passion, vivant dans la solitude et l’isolement. Une nuit, il décide de rédiger, non pas l’autobiographie d’un être de chair et d’os, mais celle d’un esprit. De mettre en équation le désir, la peur, l’amour, la folie. D’inventer le principe d’incertitude d’un être sans visage, sans forme, sans certitudes.
Il ‘‘rencontre’’ Pedro Almodovar, qui va faire de lui le héros de l’un de ses films. Et il rencontre Rosa, un transsexuel de Gênes, qui lui redonne le désir de redécouvrir la vie.
Voir la forme au-delà de la forme, toucher l’essence, chevaucher le « cerf » pour atteindre son « aleph », tel est le projet romanesque (et autofictionnel) d’Antoni Casas Ros, avec ce premier roman beau comme une métaphore.
© Johnny Karlitch, 52 romans par an, semaine 47 : rattrapage de la semaine du lundi 13 au dimanche 19 juillet 2015.

Site du libraire diffuseur

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