Semaine 52: Les Fauves, d’Ingrid Desjours

 

Les Fauves, d’Ingrid Desjours

Éditions Robert Laffont

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Couv Fauves blog52

Ne cherchez pas le loup, il est partout…

La romancière est psychologue, spécialisée en sexo-criminologie, et scénariste en outre. Elle a côtoyé des pervers, des sadiques, des dévoyés, des obsédés, des dénaturés, des possédés… Elle a donc été à bonne école et ne s’en cache pas. La manière dont elle agence son récit et téléguide ses personnages est faite pour taper dur et violent. Sur son site, elle précise que son « modus operandi » est de « dépecer, décortiquer et autopsier cerveaux et corps ».
Les Fauves a inauguré en octobre dernier la collection La Bête noire chez Robert Laffont, « des intrigues fortes et originales, une littérature populaire de qualité destinée tant aux inconditionnels qu’à la nouvelle génération » dixit le directeur éditorial, Glenn Tavennec.

Que trouve-t-on dans cette cage aux fauves ? L’ong NerF intercepte, à la demande de leurs parents, de jeunes citoyens de la démocratie laïque française post-7 janvier, qui s’apprêtent à rejoindre ce mouvement illuministe moyen-oriental à la mode qui a entrepris une croissade mondiale contre les mécréants pour les beaux yeux enkohlés d’Allah.
Haiko, la pasionaria en chef de l’ong, est sous le coup d’une fatwa qui a mis sa tête et son sanctuaire génital à prix. Après l’assassinat de son amie et co-militante, elle doit accepter, à contre-cœur, de subir les désagréments d’une protection rapprochée, assurée tant bien que mal par Lars, un ex-militaire catégorie poids lourd, qui a recours à la prière catholique et aux amphétamines, pour surnager à contre-courant d’un syndrome post-traumatique made in Afghanistan, particulièrement dévastateur.
Le garde du corps et sa protégée, elle-même partiellement rescapée d’un traumatisme d’enfance, vont se côtoyer et s’affronter dans un face à face aux échanges insidieux et ambigus, qui prendra de plus en plus des allures de corps à corps sensuel et mortel.

Haiko exploiterait-elle l’ong comme façade pour un trafic illicite et réprouvé ? Lars serait-il un pervers refoulé qui ne va pas tarder à laisser exploser ses pulsions meurtrières ? Ces personnes qui gravitent autour du duo décalé – la mère et le frère de Haiko, les fiers-à-bras auxquels à recours Lars pour gérer la protection de sa cliente – ne dissimuleraient-elles pas, chacune, un double jeu ?
Bref, Ingrid Desjours s’en donne à cœur sadique dans la manipulation du lecteur et se révèle, au final, une romancière sans pitié aucune. Ni pour ses personnages, ni pour les différentes causes et doxas qui alimentent la moulinette à potins des médias.

On ne peut ne pas s’apercevoir que l’auteure use et abuse de clichés, se lance dans des discours, des sermons, sur l’état du monde, l’esprit du temps, et le désarroi de l’individu. Mais, ayant prévu le contrecoup, elle rétorque à son lecteur un peu trop puriste : « Ça aussi ça fait cliché mais elle s’en moque. Elle emmerde les connards qui crient au lieu commun dès qu’on énonce une vérité trop dérangeante, ou trop universelle pour qu’ils continuent de se croire uniques ».
Comme l’on ne peut nier que son roman noir, bien que rédigé dans une langue très grand public, déroule une intrigue mystificatrice qui serpente presque à huis clos entre des focalisations très denses sur la psychologie, les motifs et les mobiles des différents personnages, une intrigue rythmée par une agressive stratégie narrative, déterminée, chapitre après chapitre, à faire voler en éclats ce que le lecteur a cru comprendre de ce qu’il vient juste de lire.

Roman de gare mais aussi de wagon TGV pour aficionados de fond, Les Fauves est un thriller diablement bien ficelé.
© Johnny Karlitch, 52 romans par an, semaine 52 : semaine du lundi 28 décembre 2015 au dimanche 3 janvier 2016.

Extraits
« Et ce n’est rien à côté du déchaînement dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Soupçonnée de se faire de l’argent sur le dos de la cause qu’elle défend ainsi que d’avoir déclenché la mort de Nadia Nasri, et accusée par Rachid Labdaoui d’avoir tué sa sœur, Haiko est devenue, en quelques jours à peine, la femme à abattre. Tout le monde s’en donne à cœur joie. On l’accuse ouvertement d’être vénale et manipulatrice, et chacun de ses détracteurs – qu’il la connaisse personnellement ou non – y va de sa petite anecdote. La critiquer est devenu le sport du moment. On invente des blagues, on dessine des caricatures, c’est à hurler de rire. C’est à hurler avec les loups et la meute est affamée. Il faut se mettre quelqu’un sous la dent, bien planqué derrière son écran. Et plus on en rajoute, plus on va loin dans l’injure, dans le dégueulasse, plus on ratisse large. Un bon mot sur Haiko, c’est au moins dix nouveaux amis sur Facebook, vingt followers sur la blogosphère, cinquante nouveaux twittos. Le jeu en vaut la chandelle, peu importe si on n’attire dans ses contacts que des imbéciles, des haineux décérébrés, des nostalgiques de la peine de mort qui n’abattent plus que virtuellement sans vérifier leurs sources ni se soucier des dégâts qu’ils peuvent causer, des vies qu’ils peuvent ruiner. »

« Attrapant son verre d’une main et le bras de Lars de l’autre, Haiko entraîne son garde du corps dans une salle moins bruyante, où sont exposées d’autres toiles de son frère. Elles semblent plus intimistes, moins prétentieuses que celles qu’il a vues jusqu’à présent.
– Merci, j’ai la foule en horreur, surtout ce genre…
– Quel genre ?
– Vous le savez bien. Ce milieu pseudo-culturel qui se gargarise de son entre-soi et sait si bien donner des leçons de vie qu’il n’appliquera jamais.
– Mais encore ? s’étrangle la jeune femme.
– C’est bourré de gauchos démagos ici, des socialistes de mes deux qui savent surtout être vertueux avec l’argent des autres, ceux qui n’en ont pas. Le pire, c’est qu’ils sont tellement convaincus d’être du côté des gentils qu’ils ne saisissent pas à quel point ils sont obscènes avec leur bien-pensance à deux balles, complètement déconnectés de la réalité, des impacts de la crise sur le vrai peuple, sur les petites gens qu’ils adorent tant qu’ils restent loin de leur quartier !
(…)
– Ouah ! Je savais bien que les militaires votaient plutôt à droite, mais vous êtes quand même un peu dur, non ? Vous voyez le type là-bas, avec ses lunettes assorties au nœud papillon ? Eh bien il a fondé une association pour combattre l’illettrisme. Et lui, qui se fait verser un whisky au bar ? Il consacre une partie de sa fortune à la recherche contre le cancer. Ces gens-là donnent des leçons qu’ils appliquent à eux-mêmes. Ils vivent en France et ils cèdent la moitié de leurs revenus aux impôts. Alors ils vous débectent peut-être parce qu’ils ont ce que vous aimeriez avoir : de l’argent, de belles femmes…
– De belles femmes ? Je ne vois pas de belles femmes ici. J’observe tout juste la présence de quelques hyènes sèches qui croulent sous les bijoux et les parfums capiteux, des dindes d’élevage blindées de botox et gavées de protéines pour se maintenir dans l’illusion d’échapper au temps. En fait de femmes ce sont des caricatures.
– Des caricatures de quoi.
– De mecs, pour certaines. De courtisanes, pour les autres.
– Mais vous n’êtes qu’un putain de macho réac ! Vous avez de la merde dans les yeux ou quoi ? »

 

 

ET RENDEZ-VOUS EN 2016

POUR L’AN DEUX DE

52 ROMANS PAR AN !

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