Semaine 2 (An 2): Demian, de Hermann Hesse

 

Demian, de Hermann Hesse

(traduction de l’allemand par Denise Riboni, revu et complété par Bernadette Burn)

Éditions Stock, 1946, 1974

Site sur l’auteur

www.editions-stock.fr

Site du libraire diffuseur

 

Couv Demian blog2_An2

 

Gloires et tourments du devenir

J’ai lu très peu d’attaques de roman interpellant le lecteur avec des premières pages aussi prenantes, profondes, et vraies par leur évocation de la double inclination de la psyché humaine.
Je ne parle pas de dualisme ; contrairement aux apparences, que ce soit dans ce roman-ci, ou dans Siddharta ou encore Le Loup des steppes, Hermann Hesse n’a jamais impliqué dans sa pensée une dualité nette de la nature humaine, une double personnalité à la Dr Jekyll et M. Hyde ; plutôt, une propension diffuse à exister dans un no man’s land entre bien et mal entremêlés, une zone d’interpénétration où l’un de ces états se qualifie au contact de l’autre, en corps à corps. Un corps à corps soudain et brutal, dont les premières empoignades initient une lumineuse prise de conscience de la liberté individuelle alors même que l’épreuve plonge l’esprit dans un terrifiant et abyssal chaos moral.

C’est un tel baptême de feu et de soufre qu’Émile Sinclair, le jeune héros du roman de Hesse, subira vers sa dixième année. Vivant dans un monde où règnent « paix, ordre et tranquillité, devoir et bonne conscience, pardon et amour », une histoire affabulée de toutes pièces qu’il raconte pour se vanter auprès d’un petit caïd de quartier, lui fera franchir la frontière vers un monde sombre et fascinant, dont il soupçonnait l’existence.

Le premier tiers de ce roman n’a pas été écrit pour raconter la chaleur du cocon familial quand on est enfant mais l’épreuve et l’apprentissage d’une éjection forcée : « Aussi ne parlerai-je que des impressions entièrement nouvelles, de ce qui me poussa en avant, de ce qui m’arracha à mon enfance » et l’exil vers « l’autre monde » avec « ses impulsions entraînant l’angoisse, la contrainte, le sentiment de la mauvaise conscience ; toujours révolutionnaires et menaçant la paix où j’aurais voulu demeurer ». « De toute l’aventure racontée jusqu’à présent, cette impression fut la plus forte. C’était là une première atteinte à la sainteté du père, un premier coup porté au pilier auquel mon enfance s’était appuyée, pilier que tout homme doit détruire, s’il veut devenir lui-même. C’est d’événements semblables, d’événements invisibles qu’est faite la ligne intérieure, la ligne véritable de notre destinée. On se remet d’un tel déchirement ; on l’oublie, mais, au plus secret de nous-mêmes, la blessure continue à vivre et à saigner. »

Commence alors la dissimulation, comme pour tous les jeunes, « la double existence de l’enfant qui n’est plus un enfant » et qui mène une « vie souterraine de rêves, d’instincts, de désirs obscurs » alors que le monde de l’enfance « s’écroule » et qu’il doit apprendre, sous peine de rater cette renaissance, à se détacher du « rêve du paradis perdu, le pire des rêves, le plus meurtrier ».

C’est à ce stade du récit que le narrateur fait entrer en scène Demian. Max Demian, un élève plus âgé (presque un adulte) des classes supérieures, dont le maintien, le comportement, la pensée, l’aura, sont celles « d’un être supérieur, d’un être de volonté (…) avec des yeux de voyant », qui va singulièrement impressionner et influencer Émile Sinclair : « Je vis seulement qu’il était autre que nous. Il ressemblait à un animal, ou à un esprit, ou à une image, je ne sais, mais il était autre, inexprimablement autre que nous tous. »

Ce qui suit – l’adolescence du narrateur et son accession à l’âge adulte – est d’une intensité incomparable dans la description des métamorphoses intérieures et de l’existence d’êtres singuliers qui se détachent de la mêlée humaine par leur vision à la fois critique et inspirée des idéologies et des événements brassant la société.

Rédigé en pleine Première Guerre mondiale (1917) et après une psychanalyse entreprise par l’auteur, Demian – Histoire de la jeunesse d’Émile Sinclair relate avec une plume lyrique et un réalisme magique les tourments et le cheminement intérieur d’un être accomplissant son devenir.
Johnny Karlitch, 52 romans par an, semaine 2 (An 2) : semaine du lundi 11 au dimanche 17 janvier 2016.

Extrait

Demian page 19

Demian pages 20_21

Demian pages 22_23

Demian page 24

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